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Mai 1979 : quand les anti-sèches s’imposent à l’école

Mai 1979 : quand les anti-sèches s’imposent à l’école

« Je suis étonnée de constater que de nombreux enseignants fument en classe, soumettant ainsi aux effets nocifs du tabac les enfants dont ils ont la responsabilité ». Cette petite phrase, on peut la lire dans un article paru le 4 mai 1979 dans les pages du Ligueur. À l’époque, en effet, la loi n’interdit pas aux profs de s’offrir le plaisir d’une petite cibiche devant le tableau noir. Mais les choses sont en train de changer.
En cette fin des années 70, votre magazine fait le point sur la situation. « Il existe une circulaire du ministre adressée aux membres du personnel enseignant de l’État, interdisant de fumer en dehors des locaux administratifs (salle de professeurs, secrétariat…). Dans les autres types d’enseignement, la direction doit s’en référer aux pouvoirs organisateurs qui restent maîtres d’interdire ou non aux enseignants de fumer en classe ». Soyons de bon compte, à l’époque, de nombreuses écoles font figurer dans leur règlement d’ordre intérieur l’interdiction de fumer. Mais ce n’est pas systématique.
En conclusion de l’article, le Ligueur pose la question : « Faut-il une loi interdisant aux enseignants de fumer en classe ? Oui, probablement, de même qu’il faudrait une loi interdisant de fumer dans les lieux publics ». C’est ce qui se passera en 1990. Cette année-là, l’interdiction de fumer dans les lieux publics s’impose. Résultat, l’école est impactée, les élèves sont considérés comme fréquentant un lieu public et donc tous les locaux auxquels ils ont accès doivent être considérés comme des zones non-tabac.
Dans les années 90, la cigarette à l’école ne peut donc investir, en situation de repli toxique, que la salle des profs ou le bureau de la direction. Cette situation d’exception prendra fin en 2006. En janvier, entre en vigueur l’interdiction générale de fumer sur le lieu de travail, suivie de près par un autre décret qui viendra encore renforcer les mesures anti-tabac dans les établissements scolaires (cour de récré, parc dans l’enceinte de l’école).
Malgré ces lois de plus en plus strictes, on notera que dans la série de bande dessinée Le Petit Spirou, un prof de gym ventripotent continue, en toute impunité, d’exhiber aux bords des lèvres sa clope, aussi sexy qu’un caleçon troué. Nous dirons que cette exception culturelle joue finalement peut-être un rôle bénéfique dans la lutte contre le tabagisme, car franchement qui voudrait ressembler à l’insupportable monsieur Mégot ?
T. D.